Surpris ??? Non

Ce texte est de 2012
LES AVEUX DE O. N
Ceux qui suivent la scène politique sénégalaise depuis quelques années, en particulier depuis la veille des élections ayant mené à la première alternance dévoyée de 2000, avaient fini de ne plus prêter le moindre crédit aux paroles de ON. N’eût été la nécessité citoyenne pour tous les patriotes et démocrates de ce pays de s’ériger en bouclier politique de nos institutions judiciaires dans leur œuvre de salubrité publique visant à juger les crimes financiers et recouvrer les biens mal acquis, on aurait pu continuer de garder un sourire distrait devant toute déclaration émanant du personnage. De quoi s’agit-il ? Dans la communication pathétique, désordonnée et désespérée qui tient du réflexe de survie de la part des responsables du PDS à propos de ce qui n’aurait dû être et rester qu’un dossier judiciaire, O N s’est signalé comme le plus loquace et le plus incohérent malgré ses bravades de mauvaise foi et son art consommé de la théâtralisation. Dans une interview au journal Le Quotidien des 17 et 18 novembre 2012, il sert une réponse catastrophique à une question des journalistes. Je voudrais reprendre ici, in extenso, la question et la réponse.
Question : Pour le cas de Macky Sall, il y a eu contre lui des accusations de blanchiment d’argent. Si vous (le défunt régime du PDS) aviez alors des preuves suffisantes, vous seriez sans doute parti jusqu’au bout ?
Réponse : Les gens ne sont pas allés jusqu’au bout, mais il a été entendu et l’on s’en est arrêté là. Cela ne veut pas dire encore qu’il n’a rien fait ou qu’on n’a rien trouvé. La volonté politique était de s’en arrêter là. Si la volonté politique était d’aller jusqu’au bout, il aurait été traduit devant la Haute cour de justice.
La sagesse wolof, communément appelée wolof ndiaye, nous enseigne que les blablateurs, à force de blablater, finissent par se saisir de leur postérieur et, de manière péremptoire proclamer devant leur auditoire : je vous le dis, croyez-moi bonnes gens, çui-là, c’est pas le mien. « Waxkat day wax ba japp guinaawam, ni bii, du sama bass »
Jugez donc : selon le dernier ministre de l’Intérieur de Wade, au terme d’enquêtes régulièrement menées et mettant en cause la culpabilité d’un justiciable, l’Exécutif pouvait tout simplement décider de classer une affaire si telle était sa volonté politique ! Autrement dit, les crimes et délits étaient traités, non pas selon les règles et procédures de droit prévues, mais selon la volonté politique des dirigeants. On n’avait pas encore trouvé de théorie plus achevée de l’impunité. Pour tous les innombrables cas d’impunité connus sous le défunt régime, O N vient, au détour de cette déclaration, de nous expliquer le modus operandi, le pourquoi du comment. Au reste, ces aveux suffisent à eux seuls, à faire écrouler le château de cartes pseudo-républicain et proto-légaliste qu’il s’est évertué à construire tout au long de cet entretien. Toute sa plaidoirie sur le respect des normes de notre droit positif a fondu comme beurre au soleil. Ces gens ne croient ni aux valeurs et principes de la République, ni à la justice et à l’équité, ni à la bonne gouvernance. Ils sont profondément convaincus que tout se ramène à la politique politicienne, aux ruses et aux rapports de forces « sur le terrain ». Ils ne croient pas et ne voient pas que le Sénégal a opéré une transformation qualitative majeure dans son processus de maturation citoyenne. Ils ne se rendent même pas comptent, ou alors feignent de pas s’apercevoir que la conduite à terme de l’action de justice contre les criminels financiers est un des principaux aspects de la demande sociale et que le président Macky Sall doit y répondre. Il a été élu pour cela et il l’a lui-même rappelé.
Par un calcul économique exposé à l’opinion, le président du Mouvement Tekki, Mamadou Lamine Diallo, a estimé les fuites financières enregistrées durant le règne du Sopi à 2 500 milliards de francs cfa. Ce montant détourné de l’économie nationale a précipité 5 000 000 de Sénégalais dans des trappes de pauvreté. En plus, sur le déficit budgétaire inquiétant de notre pays, son endettement croissant, les difficultés budgétaires pour endiguer la hausse des denrées de première nécessité malgré d’importants efforts consentis dans ce sens, le douloureux problème de l’emploi des jeunes, l’état de dénuement du monde rural, les besoins pressants en matière d’éducation, de santé ou d’assainissement, sur toutes ces urgences, les sommes détournées auraient pu permettre au Sénégal d’avoir les moyens de leur prise en charge. Tel est le véritable enjeu du recouvrement de l’argent public. Et pour cela, le peuple se tient aux côtés de son Gouvernement et de sa Justice. Que la minorité d’agitateurs se le tienne pour dit.

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