Pornographie au Sénégal: tabou ou voyeurisme inavoué?

Entre les Sénégalais et la pornographie, c’est une longue histoire qui a pris un sacré tournant depuis plus d’un an. La raison : l’apparition de Seneporno qui est sans doute la plateforme de tous les records : plus de 400.000 nouveaux visiteurs par mois, plus de 8 millions de pages visitées par mois et une durée moyenne de 9 minutes. Aujourd’hui , peu de sites internet au Sénégal parviennent à réaliser des performances similaires. Ce qui laisse penser que la perception de la pornographie de manière générale est en train de connaître un profond changement. Pourtant, les Sénégalais ont toujours autant de mal à assumer leur aversion pour les vidéos pornos. Alors, tabou ou voyeurisme inavoué ? Difficile de pencher en faveur de l’un ou de l’autre.

Des habitudes en pleine mutation

L’apparition de Seneporno coïncide avec une forte pénétration digitale dans le pays. En effet, les Sénégalais sont de plus en plus connectés et leur smartphone est devenu leur outil favori. Avec plus de 9 millions d’internautes, les habitudes changent forcément et la jeune génération est forcément exposée face aux dérives du web. Aujourd’hui, on a l’impression que personne ne peut échapper à ces dérives, car c’est l’endroit qui est considéré comme une échappatoire : lorsqu’on ne veut parler à personne dans la maison, dans les transports, au bureau ou lors des rencontres entre amis. Cette tendance qu’ont les gens à se déconnecter du réel pour se concentrer uniquement à l’univers virtuel est un danger pour les relations sociales. Des sites comme Seneporno en profitent alors largement, car beaucoup de gens aiment y passer du temps à la recherche de la dernière victime des sextapes qui circulent sur la toile.

Seneporno : du porno sénégalais, mais pas seulement
Dans la conception de Seneporno, celui qui se fait appeler « Kocc » a voulu proposer du contenu pornographique réalisé par des Sénégalais. En reprenant le terme « seneporno », il avait dans un coin de la tête du fait de trouver du contenu purement sénégalais qu’il pourrait partager avec les internautes. Mais les premières vidéos du genre sont souvent issus de scandales qui ont défrayé la chronique et qui se sont retrouvés par la suite sur son site. Ensuite, il a tenu à diversifier en proposant des rubriques africaines : Ghana, Nigéria, Mali, RDC, Cote d’Ivoire, Bénin, Togo, Gabon, etc. Donc, au-delà du Sénégal, c’est le porno africain d’une manière générale qui est en train de se démocratiser. On sait déjà que le Nigéria est en train de mettre en place une véritable industrie de la pornographie. Bien que de telles pratiques ne soient pas encore envisageables au Sénégal, du moins à grande échelle, il faut dire le coté tabou de la pornographie est en train de s’effriter.

Et le sénégalais dans tout ça ?

Bien que les habitudes changent et que la pornographie se soit installée dans le quotidien des Sénégalais, il faut dire que ceux-ci entretiennent une relation assez ambiguë avec ces sites. En effet, la plupart d’entre eux n’hésitent pas à dénoncer ce qu’ils se feront un malin plaisir de visionner, en privé bien sûr. Bref, les Sénégalais sont devenus des voyeurs qui ne s’assument pas. Le pire dans cela, c’est que ce sont les premiers à dénoncer la plateforme sont les premiers à visionner chaque nouvelle vidéo. On peut alors dire que la société sénégalaise n’est pas encore habituée à tant de « débauche » accessible en seulement quelques clics. Seneporno a réussi une entrée fracassante dans la vie de plusieurs internautes et n’est pas prêt d’en ressortir.

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