LES MÉDIAS SOCIAUX OU OUTILS DE TRANSFORMATION DE L’ENGAGEMENT POLITIQUE EN AFRIQUE ?

Cette dernière décennie les médias sociaux ont joué un rôle primordial dans les différents événements internationaux qui ont marqués le champ social, politique et économique : la campagne de Barack Obama en 2008, le printemps arabe en 2011 ou encore l’affaire Wikileaks sont des exemples patents de la manière dont les réseaux sociaux ont influé lors de cette décennie. Il faut noter que “ Les révoltes des années 2010 allient profondément les revendications économiques, sociales, politiques et culturelles et les combinent avec une forte dimension éthique. Elles sont à la fois profondément personnelles et globales, ancrées dans des enjeux locaux et nationaux, tout en s’inscrivant dans une vague mondiale de mobilisation.” selon le sociologue Belge Geoffrey Pleyers.

La thématique de ce panel est : les médias sociaux ou outils de transformation de l’engagement politique en Afrique?

Tout au long de cette présentation nous tenterons de démontrer comment les médias sociaux encouragent la participation et l’engagement politique en Afrique en parlant du cadre, des moyens et des outils utilisés. Nous partagerons aussi notre expérience lors des élections législatives au Sénégal.

MÉDIAS SOCIAUX , PARTICIPATION ET ENGAGEMENT POLITIQUE

Les militants d’hier étaient définitivement fossilisés, ceux d’aujourd’hui définitivement libérés des entraves institutionnelles et émancipés de toute socialisation

Les citoyens se sont détournés de la classe politique qu’ils jugent corrompue et immorale. « Tous pareils ! » entend-on dire dans nos villes surpeuplées et nos campagnes délaissées. La jeunesse, dans son écrasante majorité, a érigé un cordon sanitaire entre,elle et un système qu’elle juge peu soucieux du devenir de son pays. L’engagement militant dans les partis politiques n’intéressent pas cette jeunesse du 21ème siècle.

Paradoxalement, ils sont très présents et très engagés sur les réseaux sociaux qui leurs offrent une opportunité de participation citoyenne à travers l’interaction, et la collaboration. Pour Vesnic- Alujevic (2016) les médias sociaux sont devenus un lieu de délibération, d’interaction entre les citoyens et les acteurs politiques et par conséquent conduisent à l’accroissement de la participation politique. Car, les nouvelles plateformes offrent un accès direct aux informations. Le monde des réseaux sociaux a ses propres codes et usages mais ce qui en fait une force émergente c’est la démultiplication médiatique des causes qui y sont défendues très souvent à l’encontre des forces et pouvoirs en place.
De plus en plus, les réseaux sociaux servent de leviers de mobilisation dans diverses situations et en font de facto un élément incontournable pour tous les acteurs de terrain et les activistes en particulier .On assiste de plus en plus à un “ militantisme par projet” c’est à dire les jeunes n’appartiennent formellement à aucune entité politique mais déroulent des actions intermittentes et coordonnées sur une thématique donnée. Cet engagement militant peut être défini comme la triple rencontre d’un individu, d’une organisation et d’une cause.

Il serait intéressant tout au long de cette présentation de s’intéresser au modèle organisationnel de ce militantisme 2.0, c’est à dire les cadres institués, les moyens mais aussi les interactions. Bien avant cela, il serait tout aussi important de délimiter notre champ: l’Afrique, choisir un moment: celui des élections.

La place de l’Afrique

Plus de la moitié de la population mondiale est connectée à internet, l’Afrique est le continent qui a connu la croissance la plus rapide : plus de 20% en un an . Selon le site “We Are Social”, le taux de pénétration à internet est de 39% en Afrique de l’Ouest, 49% au Nord, 12% au Centre, 27% à l’Est et 51% au Sud, avec un nombre d’internautes au Mali quasiment multiplié par 6 depuis janvier 2017. Quand aux internautes au Bénin, en Sierra Léone, au Niger et au Mozambique leur nombre a plus que doublé en un an. Malgré la fracture numérique l’Afrique participe à cette transformation de l’ordre social et politique par les médias sociaux.

Cette connexion est faite principalement par le biais des smartphones. Whatsapp ,après viber a induit un changement de comportement des usagers. La barrière de la langue tend à disparaître. Les limites d’internet étaient surtout liées au faible taux d’alphabétisation.

De plus en plus les gouvernements prennent en compte le rôle que les réseaux sociaux peuvent jouer dans leur pays. Le nombre de pays oû l’on note une coupure d’internet durant les élections et les périodes politiquement sensibles sont de plus en plus nombreux : Le Cameroun, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Gabon, la Gambie, la République du Congo et l’Ouganda. Les gouvernements se montrent de plus en plus répressifs face à cette nouvelle forme d’expression. La preuve est il que de nouvelles lois concernant l’utilisation de ces plateformes de libre expression ont été instaurées.

En Tanzanie, il faudra désormais payer des frais d’inscriptions et s’acquitter chaque année d’un droit de licence pour tenir un blog ou encore une chaine YouTube. Cela faisant suite au vote de la loi « Electronic and postal communication ». Concrètement, pour créer et tenir un blog en Tanzanie il faudra débourser environ 930 dollars alors que le revenu annuel en Tanzanie est de 900 dollars. La Tanzanie n’est pas le seul pays à s’illustrer dans ce domaine. En Ouganda par exemple, une taxe pour l’utilisation des réseaux sociaux va être instaurée. Cette taxe quotidienne de 200 shillings environ 0,05 dollars par jour concerne les utilisateurs de Whatsapp, Facebook, entre autres. Alors qu’en Zambie les administrateurs des groupes Whatsapp devront aussi s’identifier. L’Erythrée, l’Afrique du Sud peuvent aussi être cités comme exemple avec des lois draconiennes vis-à-vis des réseaux sociaux.

CADRE INSTITUE

Le moment : les élections

Aujourd’hui, nos Nos démocraties se font de plus en plus expressives et elles sont aussi de plus en plus individualisées. Les allégeances politiques, les identifications partisanes se sont quelque peu relâchées, comme du reste les allégeances sociales. Les rouages de la représentation démocratique demeurent, mais une place de plus en plus décisive est reconnue à l’opinion et aux capacités de mobilisation de celle-ci. Le vote reste considéré comme un moyen d’expression privilégié, y compris au sein des jeunes générations, mais la norme civique qui lui est attachée s’est nettement affaiblie. .
Le moment des élections est aussi le moment qui mobilise le plus les activistes sur le continent pour faire face à un dictateur, dire non à un troisième mandat, ou encore prôner l’alternance.

MODEL ORGANISATIONNEL

Les formes de mobilisation

Dans cette nouvelle ère du open data, open gov, civic tech, civic hacking on assiste à de nouvelles formes de mobilisation des masses dans le but de l’amélioration des processus démocratiques et une participation effective des citoyens. Ces technologies numériques deviennent des instruments de transformation et de participation du citoyen, qui ,devient un élément central dans le processus. Cela conduit à la mise en place et au développement d’application avec les données ouvertes dans le domaine de la santé ,de l’économie etc…

Quand on se fie à l’analyse du politiste français de Michel Offerle on distingue trois grandes catégories de ressources mobilisables par les mouvements sociaux :

  1. La masse

  • L’expertise

  • Le scandale

La masse permet la mobilisation d’effectif important, l’expertise par la synergie des compétences a comme objectif la persuasion, le scandale sert à dénoncer et sensibiliser l’opinion publique.

“Le premier attribut, incontestablement, est le potentiel protestataire relativement élevé et la disponibilité des jeunes pour la mobilisation collective.”

MOYENS

La particularité des réseaux sociaux est principalement une circulation rapide de l’information, ce qui la rend particulièrement difficile à contrôler pour les autorités, excepté par une censure ostensible de l’accès à internet.

« De tels procédés sont en outre facilités par l’exploitation des hashtags Twitter qui ont le pouvoir de rassembler une communauté d’intérêt autour d’événements et de thèmes mis à jour et identifiés comme les plus pertinents par les membres de cette communauté. Utilisés de cette façon – et il convient de noter que les hashtags peuvent avoir d’autres fonctions que des marqueurs thématiques – les hashtags sont en mesure d’aider à la formation des publics ad hoc sur Twitter ; ces publics ad hoc, à leur tour, représentent un sous-ensemble d’un public plus large qui relève de l’écologie globale des médias et de la société elle-même. […] Ces publics sont dynamiques, leur durée de vie est fonction de la longévité de l’intérêt porté au thème considéré et des contributions et interactions continues entre les membres de ces publics». .

#Lwili au Burkina Faso #Sunu2012 #NigériaDecides #Ghana2016 sont des exemples de hashtags utilisés pour couvrir les élections dans différents pays africains.

Les outils

  1. Le reporting citoyen

On peut donner comme exemple le cas du Niger le résultat de tout ce qui se passe dans le pays est rapporté sur twitter avec les hastags : ‪#‎présidentielles‬ ‪‪#team223 ‪#‎jevote‬ ‬ ‪#‎jevote‬ ‪#‎pour‬la‬‎stabilité‬ #Takara2016 #NigerVote #niger.

2. La révolution : Audio whatsapp

Avec Whatsapp, des personnes illettrées dans des villages reculés peuvent partager des fichiers audio », explique M. Fall, invité à la présentation de l’étude de CFI. cependant on note énormement de “fake news”

3. La cartographie

la plateforme Ushahidi au Kenya, qui avait permis aux journalistes de cartographier les évènements post-électoraux dans le pays en 2008,

En Tunisie il y a la plateforme des contrôleurs public Cabrane qui fournit des données officielles sur les projets publics.

Le Présimetre au Burkina Faso, pour une redevabilité socio économique à travers le contrôle citoyen.

A Madagascar, Tsycoolkoly pour dénoncer la corruption dans le pays.

A ce niveau, il me semble important de partager avec vous une expérience personnelle, celle de la campagne des élections législatives 2017 au Sénégal.

Lors de cette campagne électorale, la coalition Mankoo Taxawu Senegaal dirigée par le maire de la Ville de Dakar, Khalifa Ababacar Sall a utilisé les réseaux sociaux. Cette stratégie de communication se justifie par le fait que les réseaux sociaux sont un moyen de propagande plus spontané que les supports de communication traditionnelle.

Avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, les réseaux sociaux permettent de discuter de programmes des candidats, de faire campagne sur le net mais également de surveiller le scrutin. C’est ainsi que Facebook, Youtube et WhatsApp ont été investis par le candidat Khalifa Sall afin de toucher le maximum d’électeurs à travers la planète.

En créant une page facebook et internet Taxawu Khalifa, une webtv, Kaswebtv et un groupe WhatsApp, la coalition Mankoo Taxawu Senegaal, avec sa tête de liste en prison, a incité l’opinion nationale et internationale à adhérer à son combat.

Dans un contexte politico-judiciaire lourd, les médias sociaux ont permis au candidat Khalifa Sall, même privé de liberté d’atteindre les trois objectifs de communication

Objectif cognitif

En appeler à la raison des citoyens. Un focus sera mis sur le background du maire de Dakar. Son cv politique informe sur la carrière remplie d’un grand commis de l’Etat. Un homme intègre, discret, pondéré qui depuis 40 ans est au service de l’Etat. La toile aura permis de montrer cette facette de l’homme, méconnue des sénégalais. En un clic, Khalifa Sall est entré dans tous les foyers du Sénégal. Du fond de sa cellule le maire de Dakar s’est également adressé aux sénégalais à travers une série de lettres relayées sur la toile.

Objectif affectif

S’adresser au cœur des sénégalais. Il ne s’agissait pas de verser dans la victimisation, mais de chercher à émouvoir. L’image a été travaillée avec une chaise vide et des menottes lors d’un temps de parole du candidat. Mais également l’affiche « Khalifa en prison, Khalifa dans les cœurs, Khalifa dans les urnes ». Grace à la toile ses images ont fait le tour du monde et ému plus d’un électeur.

Objectif conatif

Faire agir. Exemple une revue de presse quotidienne envoyée et démultipliée via WhatsApp afin d’inciter le récepteur à l’action. Ce fut un excellent moyen d’inciter les indécis à prendre position.

Les médias sociaux sont devenus un maillon incontournable de la chaîne de communication.

Comme tout outil les médias sociaux ont aussi leur danger

Facebook nouveau faiseur de roi

Cette application devient incontournable quand à sa capacité prouvée d’enfermement idéologique. Lors de la dernière campagne américaine les algorithmes facebook ont joué un rôle primordial en proposant dss articles en fonction des informations préalablement consulté en créant une bulle de filtrage.

Les réseaux sociaux ont permis l’émergence de nouvelles formes d’expression et d’action collective. Aujourd’hui, les citoyens ont la capacité de s’exprimer, de mobiliser et de donner un échos à leurs messages.

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